CARCANO ET SES "V"
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- Catégorie : Divers
- Publié le dimanche 27 septembre 2026 12:26
- Écrit par Chorus
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Carcano et ses... "V" |
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Dans les années 70, je lisais avec avidité les résultats des courses au large en Atlantique et en Méditerrannée. La revue Bateaux était bien faite, photos et commentaires techniques à la clef. C'est là que je découvrais un bateau "atypique" nommé Vihuela, bateau Italien d'un architecte "non orthodoxe". Grace à l'AI je suis retombé sur Mr Carcano et ses "V", oui, tous ses voiliers portent un nom commençant par "V". Commençons par Mr Carcano le père de toutes ces carènes avant d'en retrouver des photos ou plans....
1. Milan, Mandello et la naissance d'une vocation Giulio Cesare Carcano naît à Milan le 20 novembre 1910. Sa famille est cependant très liée à Mandello del Lario, sur le lac de Côme, où il passe ses vacances et où il découvre très tôt l'univers de Moto Guzzi. Il obtient son diplôme d'ingénieur mécanicien au Regio Istituto Tecnico Superiore, futur Politecnico di Milano, en 1934. Après son service militaire, il rejoint Moto Guzzi en 1936. Cette relation avec Mandello n'est pas seulement professionnelle : il y résidera pratiquement toute sa vie adulte et deviendra progressivement une personnalité importante de la ville. Dans un témoignage tardif, il raconte d'ailleurs ses années de guerre à Mandello et les conditions assez spartiates dans lesquelles il y vivait.
2. Moto Guzzi : un ingénieur qui pense autrement À Moto Guzzi, Carcano commence par travailler sur les motos militaires puis s'impose rapidement dans la compétition. Ses premiers grands travaux concernent notamment les 500 Condor, puis les évolutions de la gamme de course comme Dondolino, Gambalunga et Gambalunghino. Il devient l'un des principaux responsables techniques de la maison.Sa philosophie de conception repose sur quelques principes constants :simplicité → légèreté → réduction des résistances passives → moteur donnant beaucoup de couple.Cette philosophie est importante car on la retrouvera presque mot pour mot trente ans plus tard dans ses voiliers. Le Museo Barca Lariana décrit explicitement ces quatre principes comme le fil conducteur de son travail.
3. L'homme du département courses Carcano devient directeur du département compétition jusqu'en 1957, année du retrait de Moto Guzzi de la compétition motocycliste. Il prend ensuite la responsabilité technique de la production de série tout en continuant à coordonner de nombreux travaux de conception.Sous sa direction, Moto Guzzi connaît une période exceptionnelle.Parmi ses réalisations les plus célèbres figurent notamment :
Le rôle exact de Carcano doit parfois être distingué de celui de ses collaborateurs : la V8, par exemple, est un travail d'équipe associant notamment Carcano, Enrico Cantoni et Umberto Todero.
C'est probablement son chef-d'œuvre motocycliste.Conçue en 1954-1955, la Moto Guzzi 500 Otto Cilindri adopte un moteur V8 de 500 cm³ à quatre arbres à cames, refroidissement liquide et solutions extrêmement avancées pour l'époque. Le moteur développe environ 75 ch, avec un poids de la machine extraordinairement faible pour une 500 de Grand Prix.La moto est techniquement révolutionnaire, même si sa mise au point est difficile. Elle participe aux Grands Prix à partir du milieu des années 1950 et fait partie des machines qui ont marqué l'histoire de la compétition motocycliste.Un détail qui en dit beaucoup sur Carcano : il ne se contente pas de dessiner le moteur. Il cherche également à résoudre les problèmes d'aérodynamique, de refroidissement, de masse et de comportement global de la machine.Cette vision « système complet » sera exactement la même avec ses bateaux.
5. Avec la soufflerie de Mandello Carcano joue également un rôle important dans la création de la galleria del vento de Moto Guzzi. En 1950, Moto Guzzi met en service sa grande soufflerie aérodynamique grandeur nature, l'une des installations les plus remarquables de l'industrie motocycliste de l'époque. Carcano pousse fortement à sa réalisation et l'utilise pour ses recherches. Et il ne se limite pas aux motos. Il utilise cette installation pour travailler sur des engins d'autres disciplines, notamment le bobsleigh de l'équipe italienne. Le bob à deux de l'Aeronautica Italiana conçu avec son concours remporte l'or aux Jeux de Cortina en 1956 selon les sources du Museo Barca Lariana. C'est une constante chez lui : il ne raisonne pas « moto », « bateau » ou « bobsleigh » ; Il raisonne en termes d'aérodynamique, de masse, de résistance et de performance.
6. Carcano et l'aviron : une autre facette essentielleIl faut absolument intégrer l'aviron à sa biographie, car ce n'est pas un simple passe-temps. Moto Guzzi possède son propre club sportif sur le lac de Côme, les Canottieri Moto Guzzi. Carcano, passionné d'aviron, observe un phénomène qui perturbe l'efficacité du quatre sans barreur.Il modifie la disposition traditionnelle des avirons : au lieu de la succession classique droite-gauche-droite-gauche, il propose une répartition permettant notamment aux deux rameurs centraux de ramer du même côté.Cette modification réduit certains mouvements parasites du bateau et améliore son rendement. Elle est adoptée par l'équipe Moto Guzzi et contribue à son succès international.Le quatre sans barreur de la Canottieri Moto Guzzi, composé de Giuseppe Moioli, Giovanni Invernizzi, Elio Morille et Francesco Faggi, devient champion olympique aux Jeux de Londres en 1948. C'est extraordinairement révélateur du personnage : il observe le mouvement d'un bateau à rames et intervient sur sa mécanique globale comme il le ferait sur une moto.
7. Son autre grande passion : la voile. Parallèlement à son activité industrielle, Carcano devient un véritable régatier. Son bateau le plus personnel est le Volpina, un 5,50 m J.I. qu'il dessine lui-même et qu'il barre personnellement. En 1961, à Helsinki, il obtient la troisième place du championnat du monde des 5,50 m. Il ne se contente donc pas de concevoir des bateaux depuis une table à dessin : il les barre et les confronte lui-même à la compétition.Sur le lac de Côme, il régate également avec le Cisko-Yu, avec lequel il domine pendant des années de nombreuses régates. Le bateau est aujourd'hui conservé au Museo Barca Lariana.
8. Carcano et Beppe Croce. Carcano entretient une relation importante avec Beppe Croce, grand dirigeant et personnalité de la voile italienne. Croce fait partie de ceux qui comprennent très tôt le potentiel du designer. Il contribue à faire connaître son talent dans le domaine de la voile et l'associe à des projets ambitieux. Carcano participe notamment avec lui aux premiers contacts autour d'une éventuelle campagne italienne pour la Coupe de l'America, avec notamment un contact avec le président américain John F. Kennedy.
9. 1966 : la rupture avec Moto Guzzi. C'est un tournant majeur. Après environ trente ans chez Moto Guzzi, Carcano quitte l'entreprise en 1966, dans le contexte du changement de propriétaire et de direction de la société. Les sources de la Lega Navale indiquent qu'il est écarté par la nouvelle direction ; Carcano lui-même, dans un entretien réalisé à la fin de sa vie, insistait sur le fait qu'il n'était pas parti volontairement. Sa réaction est assez extraordinaire : il ne cherche pas à revenir dans la moto.Il se consacre presque entièrement à son autre passion : la voile. Il ouvre alors un bureau consacré à la conception de bateaux de régate.
10. Le deuxième Carcano : L'architecte naval Carcano développe une idée particulièrement novatrice pour la fin des années 1960 : faire passer aux bateaux de course au large les caractéristiques des dériveurs légers. Il cherche notamment :
Volpina II : la confirmation en compétition
En 1963 apparaît Volpina II, numéro de voile ITA 41, construite elle aussi par Baglietto. Son premier certificat de jauge FIV date du 21 février 1963 ; le 5.5 Inventory conserve aujourd'hui à la fois une copie du certificat FIV et un certificat RINA de cette même année. Les performances confirment rapidement le potentiel du dessin : lors des régates d'Alassio en 1963, Carcano sur Volpina II termine devant le Grifone barré par Agostino Straulino, ce qui constitue un résultat particulièrement significatif dans la voile italienne de l'époque. Volpina IIIToujours en 1963, Carcano poursuit ses recherches avec Volpina III, numéro de voile ITA 44. Le bateau reste associé au chantier Baglietto et sa coque est documentée comme étant en acajou sur membrures d'acacia.Cette répétition du nom n'est donc pas le fruit du hasard : Carcano travaille véritablement sur une série expérimentale, dans laquelle chaque bateau lui permet de poursuivre et d'affiner les solutions du précédent.Volpina IV : Carcano poursuit l'expérienceEn 1966, Carcano dessine Volpina IV, numéro de voile ITA 50. La construction est cette fois réalisée avec la participation de charpentiers issus de Baglietto et du Cantiere Molinari. La coque est en cèdre du Liban, à bordé classique.Volpina IV marque ainsi une nouvelle étape dans l'évolution de la série. Le bateau est notamment vainqueur de la Coppa Bellano en 1966, avec Carcano à la barre.Le passage de Volpina I à Volpina IV montre déjà une constante chez Carcano : il ne cherche pas à figer un dessin qui fonctionne, mais à continuer l'expérimentation, en faisant évoluer à la fois les formes et les techniques de construction.Volpina V : l'aboutissement de la sérieVolpina V, numéro de voile ITA 56, est conçue à la fin de 1967 ou au début de 1968 et constitue la cinquième et dernière Volpina. Elle est construite par le Cantiere Molinari de Côme et reçoit son premier certificat le 19 avril 1968.Pour ce bateau, nous disposons enfin d'un ensemble exceptionnel de données techniques :
Le dossier du 5.5 Inventory conserve également le plan de voilure et le plan de formes du bateau. C'est une pièce particulièrement précieuse pour notre étude, car elle permet de passer de la simple histoire du bateau à l'analyse concrète de la manière dont Carcano dessinait ses coques.Carcano expliquera lui-même une particularité du projet : Volpina V avait initialement été construite avec une petite quille, tandis qu'une partie du lest était placée au fond de la coque. Cette solution donnait de bonnes performances au portant, mais une raideur insuffisante au près. Le bateau fut donc modifié et, après mise au point, devint plus rapide.La série s'achève ainsi sur un bateau qui concentre plusieurs idées que Carcano développera ensuite sur ses grands voiliers de course : réduction du poids, optimisation du lest, recherche de stabilité de forme et attention extrême portée aux appendices.Les cinq Volpina : une véritable école de conceptionUne étape décisive avant les grands CarcanoLa dernier Volpina, lancé en 1968, est donc beaucoup plus qu'un ultime 5,5 mJI. Elle constitue le pont entre le Carcano régatier des années 1960 et le Carcano architecte naval des années 1970.Après son départ de Moto Guzzi en 1966, Carcano ouvre un bureau consacré à la conception de bateaux de régate. C'est alors que vont apparaître les grands projets qui nous intéressent aujourd'hui : Vampa, Villanella, Vanilla, Vihuela, Vanessa, Vinca et Viva. BTY je tiens de la bouche de Carcano l'explication de ses noms de bateaux commençants par un "V". Lorsqu'il dessina son premier 5.5mJI, il ne savaient pas comment l'appeler. Il le baptisa Volpina du nom d'une petites fille de ses amis au chantier. Comme il performait bien il décida de garder la lettre V pour les autres !
11. Le couple Carcano – Gallinari Les premières grandes démonstrations apparaissent avec Vampa, autour de 1967-1968, c'est l'un des premiers grands bateaux de cette période. Puis arrive Villanella, qui devient le bateau emblématique de Carcano. 67/68 mise à l'eau de Vampa. Pour mémoire le Tina a été mis a l'eau en 66 par Dick Carter. On note des formes communes dues à la jauge IOR. Le bau Max est un peu plus avancé que sur Tina, le safran avec son bustle est prémonitoire de ce que la jauge IOR deviendra. Par contre Carcano n'utilisera pas encore de "redan" (Tumblehome) sur ce plan, mais déjà le "bustle" avec recul du safran comme le Carter suisse, Joran, ensuite. Des extrémités très pincées comme le demandait la jauge IOR, des winch encore dans le cockpit. Je ne comprend pas ce gros winch central ni le circuit du rail de GV avec ce petit winch alu ? Un gréement 7/8ème original face à tous les gréements en tête de son époque., inspiration du 5.5mji ?
14. Vihuela : l'Admiral's Cup Puis vient Vihuela, le grand 13,80 m de Fabrizio Violati. Ses dimensions sont données comme :13,80 m × 4,60 m. À l'Admiral's Cup 1975, Vihuela, bateau courant sous les couleurs de l'Italie pour la toute première fois impressionne par ses performances. Gallinari rapporte environ 12 nœuds au près et 16 nœuds au portant. Le bateau était largement en tête lorsqu'il fut contraint à l'abandon à la suite d'une rupture de mât. C'est probablement l'un des meilleurs exemples du fossé entre l'audace du dessin de Carcano et les limites des matériaux disponibles au début des années 1970.Ce bateau IOR conçu pour Fabrizio Violati pour l'Admirals Cup devait permettre aussi de faire de la croisière en famille (roof haut avec hublots), bien que non doté d'un moteur ! Le Vihuela conçu par Giulio Cesare Carcano utilise un système de quille mobile (dérive pivotante / sabre) tout à fait exceptionnel pour un voilier de course au large de cette taille (13,88 mètres). Elle permets de passer d'un tirant d'eau maxi de 2.5 m à 30 cm. Vitesse au près 12 nds, au portant 16 nds. Sur le plan architectural, cette dérive mobile a été pensée par Carcano pour optimiser la glisse aux allures portantes. En éliminant la surface mouillée de la quille au vent arrière, le Vihuela se libérait des contraintes des carènes classiques de l'époque. Associé à un déplacement très léger (6,2 tonnes au total, dont 1,8 tonne dans le lest fixe/puits), ce profil ultra-plat lui permettait de planer littéralement et d'atteindre des vitesses records pour l'époque. Un gréement en tête était retenu mais avec un profil de mat alu extra fin. Un dériveur lesté peu toilé, avec déjà les winch de drisse en pied de mât ! Pas mal de francbord, une étrave "canoé" et un tableau arrière droit supportant un traditionnel safran suspendu à la Carcano. Un redan à la flottaison et deux hublots dans le tableau rappelant le chateau arrière de nos vieilles frégates.
15. Vanessa
16. Vinca : le projet le plus radical
17. Une caractéristique obsessionnelle : le « V » Le V revient constamment chez Carcano.Les noms mêmes de ses bateaux le montrent :Vampa, Viva, Vanilla, Vihuela, Vanessa, Vinca, Volpina…Mais la vraie « signature V » est surtout dans la forme des étraves.Le Museo Barca Lariana insiste sur cette caractéristique : une proue en V très marquée, type canoé, associée à des coques larges et légères. Et le rapprochement avec ses moteurs Moto Guzzi en V est devenu une sorte de signature biographique de Carcano, même s'il faut bien sûr éviter d'en faire une explication technique littérale. Une phrase de Carcano résume assez bien son état d'esprit « Je voulais surtout concevoir des bateaux qui me plaisaient à moi, et j'avais du mal à me plier aux souhaits des commanditaires. » Et dans un autre témoignage, il explique en substance que, puisqu'il ne dépendait pas financièrement de cette activité, il pouvait choisir de faire les choses comme il les concevait. Cette indépendance intellectuelle est souvent présentée par les historiens italiens comme une des clés de son œuvre.C'est probablement ce qui explique pourquoi ses bateaux sont parfois aussi éloignés des productions ordinaires de leur époque. L'évolution de la jauge IOR taxant les dériveurs lestés et les déplacements légers lui sera fatale. Des architectes plus pragmatiques tels D.Peterson ou Ron Holland lui voleront la vedette par la suite !
Fin
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